Le groupe de travail sur les processus industriels a réalisé trois auditions lundi 24 novembre 2008 :
-MM. Manière, Micouleau et Mme Esquirou de l’Institut Montaigne, au sujet de leur rapport Comment sauver la presse quotidienne d’information ?, publié en août 2006 ;
-M. Mauri, Président de Mondadori France ;
-M. Kouck, PDG d’Editis.
I.AUDITION DE MM. MANIERE, MICOULEAU ET MME ESQUIROU, AUTEURS DU RAPPORT « COMMENT SAUVER LA PRESSE QUOTIDIENNE D’INFORMATION » NATIONALE D’AOUT 2006 (INSTITUT MONTAIGNE).
A.Présentation du rapport
M. Manière a présenté le rapport réalisé par l’Institut Montaigne, un think tank non partisan, à l’issue d’un travail de deux ans. Ce rapport porte sur la presse quotidienne nationale d’information.
Au départ, les rapporteurs s’étaient centrés sur les spécificités françaises mais ils se sont peu à peu aperçus que la presse d’autres pays rencontrait également des difficultés. Les problématiques sont françaises mais aussi, largement, très internationales.
Il a mis l’accent sur deux éléments de diagnostic en France :
-la presse quotidienne française est la plus chère et la moins lue ;
-c’est également la presse la plus subventionnée et celle qui se porte le plus mal. Ailleurs, les journalistes et la presse sont contre les subventions pour des raisons de principe.
Deux types de problèmes ont été soulignés : d’une part, des problèmes de cadre général dans lequel s’exerce l’activité et, d’autre part, des problèmes de compétence et manque d’audace des éditeurs (peu créatifs, innovants…). Ce manque d’inventivité est peut-être lié à l’existence de subventions même si bien sûr d’autres facteurs doivent être pris en compte. Quelques exemples de manque d’innovation en France par rapport aux autres pays :
-présence de journaux dans les cafés Starbucks aux Etats-Unis ;
-pendant la période estivale, une imprimerie de Nice imprime plus de quotidiens néerlandais que le tirage national de « Libération ». A Londres et à New York, il n’y a pas de presse française. Le seul journal qui imprime à l’étranger, c’est le Figaro à Rabbat.
Le rapport propose un « new deal », par exemple en proposant la remise à plat de la clause de cession qui leur paraît être une clause abusive. En revanche, la clause de conscience n’est bien sûr par mise en cause et doit être maintenue. Elle ne concerne en réalité très peu de monde.
Mme Esquirou a souligné la baisse de la diffusion de la presse quotidienne, tant régionale que nationale, la multiplication des blogs et des nouveaux moyens de communication. Face à ce constat, leur questionnement avait été le suivant : comment créer les conditions de compétitivité des titres de presse et un environnement économique sain permettant de garantir les conditions d’une démocratie ?
M. Micouleau a insisté sur le fait que la presse était une activité industrielle. Il est important pour l’analyser d’adopter deux visions : la vision « démocratique » certes, mais aussi la vision « business ».
Les éditeurs sont probablement à l’origine des difficultés. L’appel constant aux subventions n’est pas forcément bon signe. On ne parvient pas à créer des organisations collectives permettant de mutualiser certains coûts. C’est le cas tant pour la PQN que pour la PQR. Par exemple, le projet de création d’un centre d’impression de la PQN (Le Monde et le Figaro) a été très longuement discuté sans jamais aboutir. Or, d’après M. Riccobono, ce centre aurait permis de réaliser des gains de productivité de 20 à 30%.
Il n’est pas nécessaire de rechercher des idées nouvelles, les idées sont connues. Désormais, il faut faire avancer les sujets, c’est l’objectif des Etats généraux.
B.Questions / réponses
JC Texier a indiqué que les groupes de presse étrangers étaient mieux préparés à sortir de la crise car ils avaient des modèles plus sains. Il a interrogé les représentants de l’Institut Montaigne sur les suites de leur rapport, en leur demandant quels avaient été les principaux obstacles et blocages rencontrés ?
M. Manière a répondu que rien n’était possible si l’on ne se mettait pas d’accord sur un accord global qui en coûtera un peu à chacun. Les résistances sont venues d’un peu partout : du syndicat du livre, des éditeurs (ex : contre l’augmentation des salaires des journalistes), des journalistes (opposés notamment à la suppression de la clause de cession). Chacun était satisfait du rapport sauf sur les points qui le concernaient.
Il n’y a pas eu beaucoup d’évolutions. C’est peut-être sur la distribution qu’il y a eu le plus de progrès, mais beaucoup reste encore à faire.
Mme Esquirou a indiqué que la moitié du coût de revient de la presse est lié à la distribution et l’impression. Le rapport proposait une décentralisation de l’impression et une mutualisation. Sur ce point, rien n’a changé. Concernant les NMPP qui ont fait énormément d’efforts, il reste encore beaucoup de problèmes (ex : engorgement, invendus, accessibilité…). La loi Bichet n’a pas été modifiée.
M. de Puyfontaine a souligné les difficultés désormais rencontrées par la presse magazine. L’objectif du groupe de travail est de mettre en place ce « new deal ». Il travaille sur les structures de coûts et de revenus. Pour les coûts, il y a un rapprochement des éditeurs pour soutenir le plan des NMPP 2010 qui devrait permettre de vendre plus.
M. Muller a souligné que le diagnostic est à peu près le même dans tous les rapports. Les rapports se distinguent en revanche sur les propositions. Pour lui, ce rapport est bien « ultra-libéral ». Ce qui le dérange, c’est qu’il y a quelques approximations, par exemple sur les coûts de distribution qui seraient plus élevés qu’à l’étranger ou sur le nombre de points de vente. Les difficultés ne concernent pas uniquement la presse quotidienne nationale : 90% de la presse, n’a pas les mêmes règles que dans la PQN or ces autres familles de presse rencontrent également des difficultés. Il n’y a déjà que 5 groupes pour la PQR, faut-il vraiment aller plus loin ? La presse française a évolué sur les technologies, sur les salaires.
La mutualisation de l’impression est rendue difficile par les contraintes horaires. Il est inquiet des propositions du rapport Montaigne car elles vont dans le sens d’une réduction des aides à la presse. Or, cela pourrait entraîner la disparition de certains titres, ce qui poserait un problème de pluralisme. Il y a bien un problème de capitalisation. Le seul marché ne peut réguler la presse.
M. Muller a également considéré que le syndicat du livre n’était pas un acteur de la résistance, comme en témoignait sa présence aux EGPE.
M. Manière récuse la qualification d’« ultra-libéral ». Les rapporteurs ont essayé de bonne foi de trouver des solutions pour éviter que la presse ne soit à ce point dépendante des aides publiques. Il y a des aides dans beaucoup de pays mais pratiquement nulle part, les aides directes ne sont aussi massives. Il n’y a pas de lien entre l’existence d’une presse tonique et le soutien de l’Etat par des aides directes, comme en témoignent l’Espagne, la Suède et l’Italie. Dépendre trop de l’Etat n’est pas sain. Ce degré de dépendance est très fâcheux pour le débat démocratique. Il est vrai qu’il y a eu récemment beaucoup de changements mais cela va encore trop doucement. Pour l’impression, les synergies sont vraiment possibles : il faut mutualiser les capacités d’impression.
M. Micouleau souligne que les aides sont problématiques même si elles sont aujourd’hui nécessaires compte tenu de la situation de la presse. Il faut reconstruire un modèle avec des coûts moindres. L’effort public a probablement été mal employé dans certains domaines.
M. de Puyfontaine indique que la crise est structurelle et conjoncturelle et que la réalité aujourd’hui, c’est le manque d’attractivité.
M. Maffre considère que le problème c’est la presse « parisienne », qui n’est en réalité pas une presse nationale. Par exemple, à Toulouse, la Dépêche du midi a 75% de parts de marché contre 12% pour l’ensemble de la PQN. La presse parisienne à vocation nationale a un faible rayonnement dans les régions. Les deux fondamentaux de la PQR c’est le portage et les correspondants locaux (qui portent 60% du contenu rédactionnel de son titre, la Dépêche du midi).
M. Chicou souhaiterait revenir sur le lien entre les aides de l’Etat et le déclin de la PQN. Il s’inscrit en faux contre cette affirmation. Par exemple, pour la Croix, il est essentiel de bénéficier des aides de l’Etat qui lui permettent d’avoir une distribution nationale (80% du lectorat de la presse est en province). Ce sont les aides de l’Etat qui ont permis à La Croix d’avoir aujourd’hui une diffusion d’environ 100 000 exemplaires. Il y a certes des choses illégitimes, qui ne doivent pas cacher le fait qu’il y a aussi des choses légitimes, la pluralité, la distribution et la distribution tout au long de l’année. La presse gratuite n’est pas diffusée tout au long de l’année. Or pour le pluralisme de l’information il faut de l’information toute l’année.
M. Manière indique que le rapport dit seulement que les aides n’avaient pas permis d’atteindre un objectif de bonne santé de la presse. On peut au moins dire ça, même s’il n’y a pas de lien direct entre aides et déclin. La Croix et l’Humanité ne vivraient pas sans aide. Il y a des aides utiles dans certains cas spécifiques pour maintenir certains courants d’opinion, mais aujourd’hui les aides vont bien au-delà . La Croix est une exception qui confirme la règle car il y a eu à la fois un travail de management remarquable, une vraie présence nationale et le titre appartient à un groupe.
On ne peut plus dire que l’objectif d’avoir plusieurs journaux dans tous les kiosques sur tout le territoire a la même importance qu’à la Libération. En effet, il y a d’autres sources d’informations. Il maintient que beaucoup de grands pays ont un débat démocratique plus important sans aides ou avec des aides de bien moindre ampleur.
M. Bonsart conteste l’importance des aides directes mise en avant dans le rapport. En France, l’essentiel des aides va à l’aide à la Poste qui n’est pas le mode de distribution le plus adapté à la presse quotidienne. Il considère que le rapport n’a pas souligné l’importance de la densité comme déterminant pour le portage
Mme Esquirou partage l’idée que pour la presse quotidienne, le portage est plus important. Il est d’ailleurs très développé dans d’autres pays comme les Pays Bas ou l’Allemagne.
M. Manière indique que la diffusion de la PQN est concentrée sur les villes qui constituent l’essentiel du marché. Ce n’est pas l’absence du portage dans le massif central qui pose problème. Il faut porter au moins là où la presse est la plus importante. A l’étranger, les groupes de presse ont une situation qui leur permet de « voir venir », ce qui n’est pas le cas en France.
II.ERNESTO MAURI, PRESIDENT DE MONDADORI FRANCE
A.Présentation
M. Mauri travaille sur le marché français depuis 15 mois. Il a beaucoup travaillé dans sa carrière dans la presse écrite et notamment la presse magazine mais n’a jamais vécu une crise semblable à celle que l’on connaît aujourd’hui.
Les causes de cette crise sont Internet et, depuis peu, la crise économique. Il s’agit d’un « tsunami » dans la presse écrite.
Il souhaite mettre en avant les différences entre la France et l’Italie :
1.Le système de distribution :
-en France, il y a deux acteurs principaux (NMPP et MLP), contre 7 distributeurs nationaux en Italie.
-38 000 points de vente en Italie contre 28 000 en France alors que l’Italie a une taille plus réduite.
-Les coûts de distribution vont de 27 à 30% en Italie contre 36 à 38% en France. En plus en Italie, le point de vente touche une rémunération plus importante qu’en France
Moyenne marché Italie France
Editeurs entre 70/73% entre 60/63%
Distributeur national entre 2/5% entre 8/10%
Dépositaires 5% 9%
Points de ventes 20% 18%
Prix de ventes 100% 100%
2.La TVA
La TVA est plus faible en Italie : 0,8% sur les tirages des magazines contre 2,1% en France (mais sur les ventes), 1,2% sur les livres contre 5,5% en Italie, 4% sur les CD et DVD contre 19,6% en France.
La TVA et les coûts de distribution plus faibles ont permis l’apparition de nouvelles recettes, telles que les « plus-produits ». Ce nouveau marché représentait il y a 2 ans presque 1 milliards d’euros de CA soit presque la valeur de toute la diffusion de magazines Mondadori dans les kiosques. Aujourd’hui la vente des plus produits baisse mais elle a permis aux éditeurs d’avoir de nouvelles recettes. En France, les plus produits ne représentent que 150 millions d’euros.
Le problème pour lancer les plus produits en France est qu’avec une vente moyenne, l’éditeur supporte des pertes, contrairement à ce qui passe en Italie, en raison de coûts de distribution et d’un taux de TVA supérieurs. De plus, en France, il n’est pas possible de faire de la publicité à la télévision sur les plus-produits.
Par ailleurs, les coûts de distribution par la Poste sont supérieurs en France par rapport à l’Italie : 0,37 centimes pour un magazine en Italie contre 0,30 cents en France pour une expédition urgente (+23%). Avec les nouveaux accords, il y aura une augmentation de 34% hors inflation des coûts d’ici 2015. Les abonnements sont beaucoup plus importants en France qu’en Italie. Une augmentation des coûts de cette ampleur est pénalisante pour les éditeurs.
Le projet d’augmentation de la TVA de 2,1% à 5,5% va poser des problèmes économiques à la presse. De janvier à sept 2007, la publicité pour la presse magazine a augmenté de 1% (brut) et aurait diminué de 5% en net. En octobre, la baisse aurait été de -4% en brut soit -7/8% en net. En novembre, la situation s’est encore détériorée par rapport à octobre. Tout le monde dit que 2009 sera une année horrible. La diffusion baisse aussi tant en volume qu’en valeur.
Face Ă ce constat, quelles solutions ?
Il faut se réorganiser, mettre en place des changements d’organisation (mutualiser la vente de la publicité entre titres, transférer des journalistes d’une rédaction à une autre…) mais le système français empêche d’adapter les organisations de manière rapide. En effet, les discussions sont si longues que le marché a changé entre temps.
Pour lui, il ne faut pas augmenter les coûts dans cette situation et il ne faut pas augmenter la TVA. Il faut plus de concurrence dans la distribution et plus de points de vente. L’augmentation de points de vente réalisée par les NMPP n’est pas suffisante.
Il faut également plus de liberté pour vendre la presse. Il faut que le commerçant puisse choisir les titres qu’il souhaite vendre et les quantités correspondantes.
Il faut plus de réactivité pour adapter l’organisation aux conditions du marché. Aux Etats-Unis, il y a beaucoup de licenciements et de fermetures de titres depuis le début de la crise dans ce pays il y a 3 ans.
Il faut réfléchir aujourd’hui pour éviter les fermetures de titres en France. Le rôle de l’Etat c’est de créer les conditions pour que les éditeurs puissent proposer des offres nouvelles et adaptées.
B.Questions / réponses
M. Texier interroge M. Mauri sur les plus produits et sur le marché français : pourquoi n’y a-t-il pas ce marché en France, au-delà des questions de coûts ? Est-ce-que c’est parce que le marché du livre italien n’est pas aussi performant que le marché français ?
M. Mauri : oui, c’est sûrement une raison : on vend beaucoup plus de livres en France qu’en Italie. L’importance du nombre de kiosques (38 000 kiosques) par rapport aux librairies (1500-2000 librairies) a permis de faire entrer les livres, DVD… dans les maisons des italiens. Mais les différences de coûts existent. Elles ont pour effet qu’une opération rentable en Italie ne l’est pas en France. Il y a de la place pour davantage d’opérations.
M. Niochau est interpellé par les différences de coûts de distribution entre l’Italie et la France. Comment s’explique cette différence ?
M. Mauri précise les rémunérations des différents niveaux (cf. tableau ci-dessus). La grande différence est dans les niveaux 1 et 3.
M. Muller indique que Mondadori était imprimeur et que les prix en France de l’impression n’ont pas augmenté depuis 15 ans.
M. Mauri précise que Mondadori n’a plus d’imprimerie depuis 15 jours. Les prix ne vont pas augmenter en Italie. Mais le repreneur de cette imprimerie sait que les nouvelles technologies permettent d’avoir une productivité beaucoup plus importante.
Le problème c’est d’accroître le taux d’utilisation des rotatives. L’imprimeur qui a repris l’imprimerie de Mondadori a pour objectif de travailler plus longtemps sur un marché le plus large possible. La durée des contrats avec les imprimeurs va de 2 ans à 3 ans. Le contrat de Mondadori avec ce nouvel imprimeur est plus long.
M. Chicou souscrit à la proposition d’éviter une augmentation de la TVA. Par ailleurs, sur la distribution, il souhaiterait avoir des précisions : sur le niveau 1, ce taux est il uniforme pour la presse quotidienne et la presse magazine ? La différence de service explique-t-elle les différences ? Dans la chaîne de décision sur l’assortiment quelle est la part de décision laissée au niveau 3 ?
M. Mauri précise que pour les quotidiens, la rémunération du niveau 1 est plus faible. Il ne voit pas de différence de qualité de service en France par rapport à l’Italie. En Italie, les plus-produits ont eu pour effet d’inciter les kiosquiers à faire des efforts commerciaux plus importants. L’exposition des plus produits est bien meilleure. C’est l’éditeur qui décide de l’assortiment. En Italie, l’abonnement ne représente que 10 à 15% des ventes. Le service est nettement meilleur en France qu’en Italie, même s’il est plus cher.
M. de Puyfontaine demande des précisions sur les solutions envisagées par M. Mauri.
M. Mauri donne des exemples sur la presse magazine télévision et sur la presse féminine grand public. Par exemple, depuis juin 2008, la publicité n’est plus vendue titre par titre, mais par type de titre (avec un public ciblé proche). Cela permet de réduire les coûts commerciaux. Il passe beaucoup de temps pour expliquer ces évolutions or il faut être rapide.
III.ALAIN KOUCK, PDG D’EDITIS
A.Présentation
Il y a de nombreux liens entre les secteurs de la presse et du livre : ce sont les seuls secteurs à être dans l’écrit ; ce sont des secteurs complémentaires (mêmes lecteurs, domaines identiques…) qui travaillent tous deux essentiellement en « B to B ».
Les problématiques sont les mêmes : nécessité de renouveler l’offre et de s’adapter aux lecteurs. Ces secteurs ont en effet toujours privilégié les clients (BtoB) et le chiffre d’affaires et connaissent peu le lecteur, mis à part quelques sondages. Il y a des flux retours pour les deux : dans le livre le taux de retours est de 25% mais il est parfois de 60% pour certains éditeurs. Le numérique pose les mêmes questions pour le livre que pour la presse, même si l’évolution numérique touche le livre depuis moins longtemps.
Une différence importante entre les deux est qu’il y a eu un grand renouvellement dans le livre, plus que dans la presse.
Les sept principaux points Ă traiter sont, pour M. Kouck, les suivants :
1.Nombre de points de vente / capillarité : c’est essentiel
Le réseau de distribution français est parmi les plus structurés au monde. On trouve à la fois de la presse et des livres dans plusieurs types de réseaux. On vend des livres dans 10 000 points de vente de la presse. Il n’y a pas d’équivalent au monde. Ouvrir le maximum de points de vente (dans les boulangeries, grandes et moyennes surfaces…) est la priorité absolue.
2.La rémunération des points de vente doit être suffisante
L’écrit est difficile à gérer du point de vue logistique. Il y a une exigence du monde de l’écrit qui n’est pas en adéquation avec la rémunération proposée. Le livre peut apporter une rémunération complémentaire.
3.Le réseau doit être privilégié et doit proposer une offre en ligne
Le commerce électronique représente 5% des ventes. En France, le réseau de vente en ligne est plus dense que dans les autres pays : fnac.com, amazon.fr, chapitre.com, alapage.com. C’est un paradoxe car il n’y a pas de discount en France. Il milite pour que les libraires aient une offre de commerce électronique. Cela n’empêche pas de se rendre dans les librairies.
La tentation des éditeurs est d’avoir un contact direct avec leurs lecteurs grâce à internet. Le problème c’est qu’on tue ainsi les points de vente dont on a pourtant besoin pour que l’écrit soit présent.
4.Un réseau c’est le meilleur moyen de lutte contre le piratage
La France a le record mondial du piratage, même si le livre est moins touché que les DVD et les CD.
5.Offrir des services aux points de vente et réduire la complexité
Il faut amener de la tranquillité aux points de vente. Il ne faut pas chercher à mettre le plus de chiffre d’affaires possible en magasin. Il faut faire confiance, déléguer le choix. La pharmacie l’a fait. Il faut remettre le point de vente au cœur du débat.
6.Les plus-produits
La presse s’y est engouffrée. Est-ce vraiment la vocation de la presse ? Ce sont des concurrents des livres.
7.Promotion de l’écrit
Il faut faire la promotion de l’écrit. C’est le même combat pour la presse et le livre qui ont besoin l’un de l’autre.
B.Questions / Réponses
M. Muller souligne que le livre bénéficie de la mesure du prix unique qui a permis de maintenir un réseau de libraires.
M. Kouck indique que cette mesure ainsi que le taux de TVA réduit ont bénéficié à l’ensemble des parties de la chaîne du livre. Il n’y a pas de « discount » en France pour la presse non plus. Se pose une question pour le produit numérique (19,6%). Il y a plusieurs centaines d’éditeurs de livres en France avec une très forte concentration (6 groupes font 90% du chiffre d’affaires du livre).
M. Niochau souligne les similitudes entre la presse et le livre. Est-il possible de développer la mutualisation de la distribution entre la presse et le livre ?
M. Kouck précise que la SAD était un grossiste livre il y a environ 10 ans. Presse et livre ont essayé de mettre au point un service de réassort pendant la haute saison dans certains lieux. Les résultats ont été mitigés en raison des outils de gestion. Un magasin ne peut gérer 3 ou 4 systèmes différents. Il faut repenser le système de gestion.
M. de Puyfontaine demande s’il y aurait matière à rapprochement des réseaux logistiques.
M. Kouck en est convaincu car sinon les gens se reconvertiront dans d’autres types d’activités plus faciles.
Le problème le plus délicat c’est qui a la responsabilité du choix, plus que la logistique. Le commerce électronique sera un atout. La vente doit être faite par les points de vente, avec livraison à domicile en 24h et facturation par l’éditeur au point de vente.
M. Texier souligne que pour lui, ce qui oppose la presse et le livre, c’est la capacité pour les libraires de choisir leur assortiment. Pense-t-il que le modèle livre pourrait apporter à la presse un exemple ? La concentration des distributeurs dans le livre a-t-elle joué un rôle positif ?
M. Kouck pense que le livre n’est pas un modèle. Il y a trop de complexité pour les points de vente pour une rentabilité plus faible que dans les autres réseaux commerciaux. Doit-on vraiment tout mettre dans le magasin ? Il est certain que ce n’est plus possible. Le commerce électronique permet d’offrir une alternative mais il faut s’adapter à cette évolution. Faire plus de « plus produits » n’est pas une solution car on néglige le core business. On ne peut d’un autre côté arrêter totalement les « plus produits ». Il faut prendre en compte ces plus produits quand on réflechit à la réorganisation du réseau de distribution.
M. Bonsart considère qu’on est au bout de la logique consistant à inonder les points de vente. Il demande si l’impression numérique va impacter la logistique et la distribution.
M. Kouck a créé une société d’impression à la demande avec M. Maury mais elle a été un échec. C’était trop tôt, la technologie n’était pas au point. Aujourd’hui, le livre est un métier d’offre. Demain, ce sera l’inverse : on essaiera d’imprimer ce que l’on a vendu. Cela suppose deux choses : 1/ l’impression à la demande c’est un problème de distributeur pas d’éditeur. La question c’est qui décide ? Amazon développe aujourd’hui cette impression à la demande et propose aux éditeurs de s’occuper de l’impression. Pense que le grand boom de l’impression à la demande aura lieu lorsqu’elle permettra une impression en couleur ; 2/ la technologie devra être à la hauteur.
M. Muller : si on passe d’un concept d’éditeur qui invente des livres avec des auteurs à un concept d’impression où l’on imprime que ceux qui vendent, il y a un risque.
M. Kouck précise ce qu’il a voulu dire. L’édition demeurera toujours un métier d’offre. Aujourd’hui, il faut au minimum imprimer 3000 à 4000 exemplaires. Il faut avoir un système qui permette de réimprimer.
M. de Puyfontaine demande la position de M. Kouck sur les « e-books ».
M. Kouck : la révolution va venir par la technologie. C’est encore le début pour le livre. Dans 6 mois à 2 ans, les « e-readers » seront technologiquement au point. Il pense que le téléchargement à l’identique sera limité pour la littérature. Il voit en revanche une nouvelle forme d’édition mêlant écrit, vidéo et audio. Il n’est pas sûr que cette offre soit proposée par les éditeurs traditionnels. Il faudra avoir une offre légale.
L’offre de la Fnac avec Sony est fondée sur le principe selon lequel le numérique doit être 15% moins cher que le papier. Cela pose la question de qui définit le prix ? Aujourd’hui c’est l’éditeur qui définit le prix, demain ce sera peut être le distributeur (ex : Amazon).
M. Maffre pose une question sur l’impact des nouvelles technologies sur les droits d’auteur.
M. Kouck indique que les éditeurs n’ont pas les droits pour les supports numériques sur les contrats historiques. La question n’est pas tranchée pour les nouveaux contrats. Il craint que les auteurs de best sellers soient récupérés par les principaux acteurs des télécommunications afin de générer du trafic sur leur réseau.